
Garage AutoViseur

Une photo d’Autoviseur datant d’avril 2009 montrant son « service Jaguar » et des voitures de luxe dans le lot.
En 1981, Serge Attar a ouvert Autoviseur, une concession automobile et un garage qui allaient s’imposer à Griffintown pendant des décennies. La passion de Serge Attar et de son équipe pour l’automobile brillait à travers les différents services qu’ils proposaient. Rayonnant de fierté, Attar se souvient : « On faisait la réparation automobile de voitures anciennes, les restaurations de vieilles voitures, surtout les Rolls Royce, les vieilles Jaguars, beaucoup les Ferrari des années 80. On faisait aussi l’entretien d’automobiles et la vente de voitures un peu spéciales…On s’occupait de la mécanique, de la carrosserie et de la vente de voitures. » Autoviseur fut le dernier garage en activité dans le centre-ville de Montréal, une autre source de fierté pour l’entrepreneur.

Le garage a été le témoin de la transformation complète du quartier, qui est passé d’une zone industrielle à l’un des quartiers les plus branchés de la ville. « Quand je suis arrivé dans ce coin, il n’y avait que des parkings », se souvient M. Attar. « Les gens stationnaient leur voiture le matin, ils revenaient le soir. » Au fil du temps, il a remarqué que le quartier suscitait de plus en plus d’intérêt. « Ils ont commencé à construire », se rappelle-t-il, « tous les parkings sont partis, et ils ont commencé à construire des condos ». Malgré tout, Autoviseur a continué à servir la clientèle du centre-ville, qui s’est élargie au fur et à mesure que les gens déménageaient près de son entreprise. Selon M. Attar, presque tout le monde en ville le connaissait, lui et son garage. Les gens se déplaçaient même spécifiquement pour visiter son établissement. En riant, M. Attar révèle, « J’avais beaucoup de personnes célèbres qui venaient chez moi. Parce que je travaillais avec des voitures assez spéciales, j’avais beaucoup de vedettes. Roch Voisine, les Péladeau, René Angélil… toutes sortes de personnages ».
Bien entendu, la venue de célébrités attirait des curieux qui espéraient obtenir des autographes ou apercevoir des véhicules spéciaux. Autoviseur est devenu un lieu de rencontre pour les amoureux de l’automobile qui venaient voir des voitures rares et haut de gamme, même s’ils n’avaient pas nécessairement besoin d’une mise au point. « Mon garage, c’était comme un musée automobile, » explique M. Attar, « rien que des voitures très spéciales et très rares ». Il a également participé à de nombreuses expositions de voitures, en particulier de voitures anglaises et italiennes. Mais son événement préféré était de loin la participation à la parade annuelle sur la rue Peel pendant le Grand Prix. « C’était moi qui exposait toutes les Ferrari de tous mes clients pendant longtemps, longtemps, très longtemps. J’ai fait ça jusqu’à 2010 », se souvient-il, repensant à des décennies de bons souvenirs et de rencontres avec d’autres passionnés d’automobiles.

L’enseigne d’Autoviseur, qui n’a pas changée depuis l’ouverture du garage, à l’exception de quelques réparations mineures après la tempête de verglas de 1998, représente pour Attar un symbole durable du passé industriel de Griffintown. Il l’a conçue lui-même à partir d’un logo qu’il avait dessiné. Composée de lettres métalliques à canaux fermés éclairées au néon, elle était, d’après ses propres termes, « très impressionnante et très belle » et se voyait de loin. Selon M. Attar, les touristes photographiaient souvent son enseigne. « Comme elle faisait un peu vintage, tout le monde la prenait en photo », raconte-t-il. « Surtout les Européens, ils prenaient tous la photo de cette enseigne. Ça faisait très américain et très moderne aussi. » De nombreuses photos du garage peuvent être trouvées sur Instagram, Facebook et Flickr, témoignant de son statut emblématique dans Griffintown.
En fin d’année 2023, Attar a été informé par le propriétaire de l’immeuble qu’il avait jusqu’à mars 2024 pour quitter le local dans lequel il avait travaillé depuis près de 45 ans. Le garage a ensuite été démoli pour faire place à un projet de tour de 18 étages conçu par une organisation à but non lucratif visant à construire près de 300 logements pour étudiants. Malgré l’opposition locale à la densité urbaine, le projet va de l’avant pour résoudre la crise du logement et offrir des appartements abordables à proximité de l’École de technologie supérieure (ÉTS Montréal), de l’Université Concordia, de l’Université McGill et de la ligne du REM. Bien que le projet intègre des bâtiments patrimoniaux comme l’école Nouvelle Vague et le presbytère Sainte-Hélène, en promettant de leur trouver des usages sociaux ou communautaires, le garage n’a malheureusement pas été épargné. « C’est dommage », dit M. Attar. « Il y avait beaucoup de pétitions pour garder le garage. »
Autoviseur a peut-être fait place à un nouveau chapitre du développement de Griffintown, mais son enseigne distinctive est préservée par le Projet d’enseignes de Montréal, comme un témoin du passé industriel du quartier au sein d’un paysage urbain en pleine transformation.
Rédaction et recherche par Marie Bernard-Brind’Amour
Sources
AUTOVISEUR INC. (n.d.). Québec Entreprises. Retrieved April 9, 2025.
Grillo, M. (2024, January 17). Longtime mechanic forced out of Griffintown garage to make way for new highrise tower. CTVNews.
Lebel, A. (2023, November 13). «C’est notre plus gros projet jusqu’à ce jour»: Près de 300 logements étudiants près du futur REM à Griffintown. Le Journal de Montréal.
Teisceira-Lessard, P. (2023, November 12). REM: Un promoteur mise déjà sur la station Griffintown. La Presse.
UTILE. (2023, November 13). Annonce du projet le Cardinal.